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Elevage suisse des races Bombay et Burmese
Armoiries de Sierre
Sierre et sa région - Anniviers

Table des Matières : Document transhumance




Article de M. Michel van der Plas dans "Elseviers" du 24 janvier 1959
traduction de Mademoiselle Harriet-E. Robinson



Les derniers nomades d'Europe habitent le Sud-Est de la Suisse, dans le Val d'Anniviers. Ils habitent à vrai dire nulle part, car ils ont trois ou quatre habitations où ils prennent domicile pendant l'année.

Ce mois de janvier, après les grandes fêtes, ils sont dans la maison principale à Grimentz. Pour commprendre cela - la vie des habitants de Grimentz - on doit bien étudier la carte du Valais pour se rendre compte du long voyage qu'il fallait faire. La vallée commence à Sierre, la route monte le long des montagnes enneigées. Contre leurs flancs, dans la pénombre, quelques villages quasi déserts. Mais quand l'autocar postal y arrive, on voit bien qu'il y a de la vie dans toutes ces maisons, maisonnettes et granges, serrées comme si elles se tenaient par la main. Leur nombre est difficile à évaluer.

Grimentz est à la fin de la route, plus haut, il y a la neige. Elle ne tombe pas très souvent, mais en grande quantité. Le Val d'Anniviers est enregistré comme étant le plus sec de notre continent, compté sur toute l'année.

Maintenant, il faut "patauger" le long des sentiers rapides pour arriver vers les maisons construites sur les pilotis. On peut choisir parmi une centaine d'escaliers; tous conduisent à des gens aimables et accueillants assis autour de leurs énormes fourneaux en catelles. Ils veulent bien raconter leur vie, et avec grand plaisir. Ils ont encore des semaines à attendre avant de commencer leur "remuage".

Les derniers nomades de l'Europe ne sont plus que cinq ou six familles en 1959. Les autres habitent dans le village en permanence. Quoi qu'on ne sache pas exactement ce que veut dire "Anniviers", la plus jolie explication est "voyageant toute l'année". Parce que c'est ce qu'elles font encore, ces quelques six familles, et les autres en ont les souvenirs d'il y a cinq ans, dix ou vingt ans. La route était à eux. Ils commençaient leur "remuage" mi-février. Tous, descendaient à Sierre, en bas dans la vallée, de l'autre côté du Rhône. Là sont les vignes, une diffrence d'altitude de 1000 mètres, mais un voyage d'une journée pour ceux de Grimentz.

Pendant deux mois, les vignes demandent des mains travailleuses, alors tout le monde y allait, chaque famille sur un char, avec vêtements, nourriture, meubles, et... le chat, si possible quelques vaches ou veaux qui marchaient derrière le char. Les ânes tiraient pendant une journée les chars le long de la route sinueuse. Le prêtre et le maître d'école étaient aussi avec eux. Personne ne restait à Grimentz sauf une femme avec ses vaches et la neige. On ne la revoyait plus avant le 10 avril, quand avec émoi, elle racontait comment un jour, elle avait du déblayer la neige pendant 10 heures avant de pouvoir soigner ses vaches. Pendant toute cette période les autres avaient habité dans leur maisons à Sierre, y avaient travaillé, y étaient allé à l'eglise et à l'école comme ils l'auraient fait en-haut.

Alors le 10 avril, ils étaient de retour, mais pas pour longtemps. Au mois de mai, la famille se partagait: les mères avec les gosses montaient quelque 500 mètres avec le bétail. Là, sur les mayens, le bétail pouvait paître encore deux mois, sous les yeux vigilants des femmes et des petits qui se trouvaient là dans leur troisième demeure. Les hommes et les enfants plus âgés travaillaient à nouveau dans les vignes à Sierre.

En juillet la famille se réunit pour peu de temps sur les mayens, puis les mères remontaient plus haut aux mazots de l'alpage, que la plupart d'entre eux possédaient encore. Le premier jour, ils jouissaient de la bataille annuelle des vaches, parce que les vaches (petites, brun foncé, avec de belles cornes) devaient lutter pour le titre de "reine".

Puis, revient le moment des foins et des vendanges, quand les pères redescendent dans la vallée tandis que les femmes soignent le bétail à Grimentz. Le 15 octobre, la famille se réunissait pour peu de temps, à la Toussaint, les vaches redescendaient pour deux semaines pour manger la dernière herbe des prés, plus bas. Au commencement de la dernière semaine de novembre, tout le monde se retrouvait au village.

Tous, se rappellent encore de cette vie "remueménage", des adieux et des retrouvailles, des alpages et des caves à vin. Une minorité vit encore ainsi, mais même celle-là dit "ça ne peut plus durer, c'est trop cher ces trois ou quatre maisons, et c'est trop fatigant. Ils se rappellent de cete femme qui est restée seule en haut, il y a 50 ans, et qui est décédée l'année passée. "Je me rappelle encore bien" dit Robert Rouvinez, "comment j'ai du faire la garde quand j'étais gamin". Quant à ses enfants à lui, il désire une vie différente pour eux, c'est ce qu'il pense. Mais prenons Firmin Salamin, qui a cinq enfants. Ils se déplacent encore toute l'année, comme auparavant. "J'ai maintenant une camionnette. Dans un mois, je descends avec ma femme et mes cinq enfants, à Noès, près de la ville, où j'ai une bonne maison: 3 chambres, des granges spacieuses, une cave à vin, un jardin et un petit pré. Les petits vont à l'école depuis Noël jusqu'au 15 avril. C'est peut-être une vie dure, mais que voulez-vous ? Nous avons tous trop peu de pâturages pour le bétail aux environs de Grimentz - en haut et en bas. Nous sommes souvent ien oblifés de changer les bêtes de place. Mes deux aînés, 13 et 12 ans, restent à l'école ici. C'est mieux pour eux; l'aîné est maintenant le premier de sa classe. Après le travail dans les vignes, il se présente au barrage. Ma femme et mes enfants sont dans les mayens à la montagne. Evidemment, c'est malcommode, mais pour le moment, je continuerai ainsi parce que, vous savez, maintenant, j'a ma cave à moi à Noès, j'ai mon vin à moi que je peux prendre quand je le désire. C'est aussi le cas des autres qui vivent comme cela. Ils veulent garder leurs caves à eux."

Que le temps et les coutumes changent, même dans le Val d'Anniviers; chaque année il y a une famille nomade de moins, quelque chose de ce nomadisme restera toujours. Prenons Jean-Baptiste Salamin (encore un Salamin, ils s'appellent presque tous ainsi). Il est gardien de la cabane de Moiry, en haut, sur l'Alpe, où les alpinistes trouvent un gîte en été; mais il est aussi caviste de la cave générale de Grimentz - et cette cave se trouve à Sierre. Deux métiers avec 2000 mètres de différence.

En quelques années de grands changements ont eu lieu. En 1952, une société anonyme a commencé la construction d'une centrale électrique à Vissoie, sous Grimentz. En 1955, la route était élargie et améliorée à tel point que la communication avec la vallée était devenue normale. Aussi le ravitaillement n'offrait plus de difficulté. Qui essayerait alors de cultiver ses pommes de terre quand il peut s'en procurer à bon compte dans les magasins de Grimentz ? Ces changement, on ne pouvait aller contre. En deux périodes de mobilisation, les hommes de la montagne sont allés voir plus looin. Il y en a qui ont émigré pour de bon à Muraz, à Villa, villages dans la plaine, près de Sierre. D'autres ont pu obtenir du travail aux barrages de Vissoie, de Moiry; un tout autre travail bien sûr, mais si bien payé qu'ils renonceront à cette vie de nomade. Ainsi les famille de paysans et le bétail diminuèrent. En 1901, il n'y avait que 86 vaches, maintenant le tiers. Et des moutons, il n'en reste que le quart.

Six familles n'ont pas cédé d'un pouce. Elles changent de place toute l'année. Elles ont au moins trois habitations. Et les autres ? Que font-ils là ? Ces dizaines de chalets et de granges éparpillés, quelques centaines de mètres au-dessus et en-dessous du village ? Sont-ils vides et sans utilité ? Oh non ! Cela, c'est une autre histoire. Aussi chez les autres le nomadisme n'est pas chose morte. On l'a rationalisé. Il y a une bonne route; le lait descend en pipe-line du haut des Alpes jusqu'à la laiterie du village. Le nomadisme des Anniviards existera tant que la ville n'aura pas avalé le dernier pré et que les gens n'auront pa perdu leur amour pour la vigne. Et avec le développement de l'industrie, la solution n'en est pas encore trouvée.

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